FightING ILISU DAM  - SAVE HASANKEYF AND TIGRIS VALLEY

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La Liberte: Un mouvement écologiste s'oppose au barrage d'Ilisu

Ihsan Kurt, 17.08.06

GENEVE, (InfoSud) Lancés début août, les travaux devraient durer sept ans. Autochtones, mouvement national kurde et partis politiques résistent au géant prêt à effacer les vestiges d’une histoire glorieuse.
La construction du barrage d’llisu menace 187 villages de disparition et l’engloutissement de vestiges historiques millénaires.
"Le barrage aura des retombées très positives pour les populations locales" a assuré le 6 août dernier Recep Tayyip Erdogan, Premier Ministre turc, lors de la cérémonie de lancement des travaux du grand barrage d’Ilisu, au sud-est du pays. En même temps, des milliers de militants, opposés à la disparition de 187 villages, à la migration 80’000 personnes et à l’engloutissement de vestiges historiques millénaires, passaient une nuit à la belle étoile dans la cité historique d’Hasankeyf, menacée de noyade.

Chanteurs, musiciens et danseurs ont assuré l’animation dans la forteresse construite par les Romains pour résister aux Perses. Plus loin, on aperçoit les piliers d’un pont érigé il y a huit siècles et les ruines d’églises chrétiennes qui ont résisté aux inondations du Tigre mais qui pourraient disparaître sous eaux du barrage.
A 45 kilomètres de la frontière syrienne, le projet d’Ilisu, lancé en 1971, prévoit de domestiquer les eaux du Tigre pour produire de l’électricité et irriguer des terres agricoles. Une large coalition d’opposants, dans la région, le pays et à l’étranger, espère encore pouvoir empêcher sa construction.

Depuis 1999, les mouvements écologistes et la population kurde s’opposent au projet. "L'Initiative pour sauver Hasankeyf" est composée d’associations écologistes et de défense des droits humains, des municipalités, des barreaux et des partis politiques. Soixante huit organisations se sont unies autour du sort de la cité historique d’Hasankeyf et de la "déportation" - comme disent les ONG – des populations. "Ce barrage causera la perte d'un héritage culturel inestimable et aura des conséquences écologiques énormes", estime Ercan Ayboga, le porte-parole du mouvement.

La lutte contre Ilisu a jeté des ponts entre la population locale, qui est déjà victime de conflits entre l’armée turque et la guérilla kurde, les ONG turques et les Kurdes de la diaspora.

Des organisations internationales - la Déclaration de Berne (DB), ECA-Watch (Autriche), WEED (Allemagne), le Kurdish Humans Rights Project (KHRP), basée à Londres, et le YXK (le mouvement des jeunes universitaires kurdes en Europe) - sont des acteurs importants dans cette lutte.

Economie contre patrimoine

Le maire d’Hasankeyf, Abdulvahap Kusen, est en colère contre le Première ministre. "Il est manipulé et mal informé par le consortium (qui compte des entreprises suisses, allemandes et autrichiennes, ndlr), sinon il ne serait pas venu inaugurer le chantier", crie-t-il aux manifestants. A l’inverse, Ankara parle de développement pour l’économie de la région. Le barrage produira 3,8 milliards kw/h par an pendant 60 ans et irriguera 120'000 hectares de terres agricoles.

"Mais comment peut-on faire disparaître une héritage de l’humanité pour un projet d’énergie qui ne va durer que 60 ans ? C’est ce que fait la Turquie" s’indigne le chroniqueur Latif Yildiz, dans le quotidien local Cagdas Batman. Ilisu fait partie du fameux projet du Sud-Est anatolien (GAP) qui prévoit depuis des années septante la construction de 22 barrages et 19 centrales électriques.

Selon Jean-Claude Huot, de la DB, les études d'impact sont insuffisantes par rapport aux normes internationales. La Cour européenne des droits de l’homme a décidé d’entrer en matière sur la plainte déposée par le KHRP, pour atteinte au patrimoine historique et déportation de populations. En 2001, la société britannique Balfour Beatty et en février 2002 l’UBS, ont déjà décidé de se désengager du projet à cause des "complexités environnementales, des raisons sociales et écologiques". Par contre, les entreprises helvétiques Alstom Suisse, VA Tech Suisse, Maggia, Stucky et Colenco participent aux travaux.

Projet trop politisé

Si le gouvernement turc promet de construire une nouvelle cité pour les déplacés, l’opposition mentionne les milliers émigrés victimes des conflits entre l’armée turque et la guérilla qui sont sans abris depuis des années dans les grandes villes.

D’autre part, Jean-Claude Huot rappelle l'absence d'accord formel avec l'Irak et la Syrie qui constitue une violation du droit international. "Le projet est vivement critiqué par la Syrie et l’Irak qui craignent la sécheresse chez eux", dit-il. D’après Ercan Ayboga, l’objectif est stratégique : "modifier la démographie de la région, et utiliser l’eau comme une arme contre l’Irak."

InfoSud/Ihsan Kurt, de retour de Diyarbakir